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Comment identifier, reconnaître que l’on est haut potentiel, surdoué, zèbre, sur-efficient…?

Avant toute chose, je voudrais souligner que se poser la question d’être ou ne pas être à haut potentiel à l’âge adulte est assez rare car cela suppose d’avoir une perception de soi surdimensionnée, ce qui est en général l’inverse de l’image que le surdoué peut avoir de lui-même. Le propre de la personne surdouée est qu’elle doute de son intelligence…Combien de fois on entend « Haut potentiel moi ? Non je suis nul (le) » ? Chez les personnes à haut potentiel c’est plutôt l’humilité, le doute, la remise en question qui prévalent.

Et quand le doute est là, que l’on commence à vouloir creuser cette intuition que l’on a au fond de nous alors on se demande :

Comment sait-on que l’on est à haut potentiel ?

On ne parle pas de diagnostic car c’est un terme associé au domaine médical, or :

D’un le HP ne fait pas partie des troubles psychologiques et ne figure pas dans les classifications des troubles mentaux (DSM V). 

Et pour qu’il y ai diagnostic encore faut il qu’il y ai une grille, une liste de caractéristiques fixes associées ; or ce n’est pas le cas pour les personnes à HP car aucune grille diagnostique n’a jamais fait consensus et il n’y a pas de profil psychologique type

Certes le HP est une spécificité de fonctionnement psycho cognitif mais chaque profil est propre à l’individu (les zèbres ne se ressemblent pas)

Ainsi il est plus juste de parler d’identification du haut potentiel.

La façon définir le HP ne fait pas consensus aujourd’hui mais la définition communément admise s’appuie sur le QI qui se mesure par un test de QI : la WAIS pour les adultes (Weshler Adult Intelligence Scale).

Le test de QI est pratiqué par un psychologue ou un neuropsychologue habilité à la passation de ce type de tests.

Cout : 300 à 700 €

Durée : 3 à 6h

J’ai passé le test avec une psychologue dont c’est la spécialité et il s’est passé sur 2 demies journées car elle a intégré des tests psychométriques et autres outils de diagnostiques pour vérifier qu’il n’y avait pas chez moi d’état dépressif ou de troubles mentaux etc…c’est important car cela peut impacter les résultats…mais tous les professionnels ne fonctionnent pas comme ça et peuvent s’en tenir à vous faire uniquement passer le WAIS point…d’où l’importance de bien choisir votre professionnel.

On appelle cela un bilan c’est-à-dire un ensemble de tests qui ont pour objectif d’avoir une compréhension globale de la personne, il doit être complet (évaluation intellectuelle certes mais exploration de la personnalité, de l’émotionnel et de l’équilibre psychologique de la personne).

Attention également au piège des tests en ligne qui n’ont aucun fondement scientifique.

On est à HP si le score de QI est supérieur à 130 et THQI > 145. Il peut être considéré qu’au-dessus de 125 vous êtes également considéré comme une personne à HP si certains troubles associés viennent se rajouter (DYS, TDAH…) et en Belgique la convention est que vous êtes HPI à partir d’une QI de 125.

130 correspond à 2 écarts types au-dessus de la moyenne qui est à 100. Un écart type est de 15. Quand on parle de 3 écarts type on parle de quelqu’un 145 de QI ce qui correspond à une personne THQI 

La courbe de distribution des scores est une courbe de Gauss (en cloche), avec 50% de la population entre 90 et 110 , 2% sous le score de 70 (retard mental) et 2% de la population au-dessus de 130. Et seulement 1% > 145

Il y a 4 Indice d’évaluation dans la WAIS :

Indice de Compréhension Verbale (ICV)

Indice de raisonnement perceptif (IRP)

Indice de mémoire de travail (IMT)

Indice de vitesse de traitement (IVT)

Le test de QI est nécessaire mais pas suffisant.

On peut souligner que le seul test de QI pour identifier le haut potentiel est réducteur. Les théories de l’intelligences sont multiples (Howard Garner et le concept d’intelligences multiples) et le test de QI se concentre sur le résultat et néglige l’aspect qualitatif (mode de fonctionnement de la personne à HP).

Par ailleurs il faut du courage pour passer un test de QI, surtout à l’âge adulte ! 

Je ne connais pas un adulte qui n’ai pas eu peur avant, qui ne se soit pas posé mille questions avant de décider de passer ce cap…il y a la peur que le résultat ne soit pas celui attendu, la peur du jugement, de son propre jugement (se confronter à soi) et du regard de l’autre…à commencer par celui du psychologue !

Souvent les adultes ne parlent pas autour d’eux de cette démarche de bilan, parfois même ils le cachent à leur propre conjoint !

Certaines personnes peuvent s’auto saboter de peur du résultat ou en raison d’un stress trop important !

Moi par exemple…depuis mon année de prépa math sup, j’ai fait une croix sur les maths car symbole de trop de souffrance pour moi…je n’ai plus jamais posé une équation ou tenter de démontrer un théorème…je m’en tiens aux devoirs de mes filles (encore dans les petites classes !!) alors je savais que la partie logico mathématique du test de QI allait me poser un problème, je me suis préparée et malgré la bienveillance de la psychologue…j’ai très bien commencé puis sous la pression du stress…j’ai perdu mes moyens et je me suis plantée en beauté ! Pour finir avec cette phrase « je vous l’avais dit !! ». J’ai fait un blocage réflexe, mon cerveau ne veut plus, ne peut plus !

Ah l’inhibition intellectuelle peut faire des ravages

Le test n’est pas non plus fait pour prendre en compte certaines difficultés de type troubles dys (dyslexie, dyscalculie, dyspraxie…) qui gênent la personne dans sa compréhension des consignes ou dans l’exécution des tâches. La mémoire ainsi que la vitesse de travail peuvent en être affectées ce qui évidement aura un impact sur le diagnostic.

Bien entendu un bon psychologue peut sentir que quelque chose gêne l’enfant et recommander un bilan orthophonique, de psychomotricité ou orthoptique…

Le QI n’est pas un score absolu mais relatif (par rapport à une population de référence du même âge) et il ne s’agit pas de la mesure exacte de l’intelligence mais de son expression

Quand il y a trop d’écart entre 2 indices (+ d’un écart type soit 15 points) alors la déontologie interdit au psychologue de « moyenner » le QI. Néanmoins il est communément admis qu’obtenir un score élevé (> 130) sur l’indice verbal ou l’indice de performance peut être le signe de surdon. 

Le fait que le test soit minuté peut faire perdre ses moyens et dans ces cas là l’émotionnel prend trop de place et impacte les facultés de concentration. L’anxiété des adultes est le principal facteur qui peut minorer les résultats.

La psychologue qui m’a fait passer les tests a une technique bien à elle mêlant tour à tour une épreuve du WAIS avec un test plus psychologique ou une question existentielle etc de manière à faire retomber l’aspect émotionnel avant de poursuivre le test ce qui permet de repartir dans un état le plus serein possible …ce qui explique aussi que ça dure 6h (2 demies journées). Il y a eu également toute une analyse plus globale ave anamnèse, analyse du développement psychomoteur, de mon fonctionnement affectif et cognitif, de mon comportement, de la manière dont j’ai traversé les grandes étapes de ma vie etc…

Je vous recommande vivement de trouver un psychologue qui va aborder le test de cette manière-là. 

Tout ceci souligne la nécessité de relativiser l’importance que l’on peut accorder aux résultats du test de QI. Gardons à l’esprit qu’ils ne sont qu’une estimation, imparfaite, de la performance dont a été capable la personne ce jour-là. Elle est approximative et varie en fonction des circonstances et de l’état du sujet (est ce qu’il est fatigué, motivé, dépressif, anxieux,). 

Tout le travail du psychologue consiste à poser des hypothèses d’interprétation qui prennent en compte tous les facteurs susceptibles d’influencer les résultats.

MENSA Propose également ses propres tests à l’entrée, je n’en ai pas fait l’expérience. 

On se pose souvent la question est doit-on forcément faire le test ? 

Je dirais que ça dépend du besoin.

En général quand on réfléchit à passer les tests à l’âge adulte c’est parce qu’on est dans une phase de transition, de réflexion…que ça soit sur le plan professionnel ou personnel 

Vous pouvez vous trouver dans un moment de doute où vous êtes à la croisée des chemins et vous avez besoin de réponses pour avancer.

Sur le plan professionnel il se peut que vous éprouviez de l’insatisfaction et que vous vous sentez incompris, en décalage.,.

Sur le plan amoureux vous vivez peut-être des difficultés passagères ou récurrentes.

Il arrive parfois que les schémas répétitifs (erreurs, échecs, doutes sur nos capacités, difficulté de gestion des émotions etc) viennent nous questionner et d’entendre parler de HP, d’hypersensibilité ou de fonctionnement neuro affectif particulier viennent faire écho en nous.

Et enfin beaucoup de personnes consultent car leurs enfants viennent d’être identifiés et qu’ils se redécouvrent à travers leur enfant.

Dans tous ces cas le test et l’identification (ou non) permettra d’apporter un éclairage sur le chemin parcouru jusque-là et amènera des réponses et des pistes de développement personnel pour le chemin qu’il reste à parcourir !

Mon conseil : si vous sentez que vous aimeriez juste savoir si vous êtes HPI, par curiosité pour le score de QI, pour valoriser votre égo alors vous risquerez d’être déçu, non pas que vous ne seriez pas HPI mais finalement le résultat ne vous apportera qu’une satisfaction court terme au regard de l’engagement et du coût…

Si en revanche vous êtes en quête de sens, vous êtes dans une situation de mal être et que vous avez besoin de réponses pour avancer alors je vous encourage à en discuter avec un psychologue pour déterminer si c’est le bon moment pour vous de faire les tests ou pas.

Dans tous les cas je vous invite à en parler avec un psychologue ou un coach pour poser les choses et définir l’enjeu, projeter ce que les résultats vous apporteront et faire un bilan répondra bien à vos besoins.

Il faut se projeter également une fois les résultats obtenus, ce que ça va provoquer dans un sens ou dans un autre…

Je peux vous parler de mon expérience personnelle …

Je l’ai fait quelques années après mes deux filles, il m’a fallu du temps pour imaginer que peut être je pouvais être concernée, malgré les dirs de la psychologue au moment de la découverte du haut potentiel de mes enfants. Je l’ai surtout fait car je me destinais à accompagner des adultes et des parents sur ce chemin et il me paraissait important de pouvoir parler de quelque chose que j’avais moi-même vécu…ce cheminement personnel.

Bien que le résultat ne fut pas une surprise, mais quand même ce fut un grand chamboulement et il m’a fallu plusieurs semaines pour « digérer » l’ensemble des résultats et notamment ma « dyssynchronie » c’est-à-dire un QI hétérogène (philo cogintif complexe dans le jargon de fanny Nusbaum et ….(Il s’agit d’un écart de points +3DS soit 3 écarts type entre le score le plus bas parmi les 4 échelles du test – même si au-dessus de la moyenne dans mon cas – et le score le plus haut parmi ces mêmes 4 échelles de test )…

J’ai revu toute ma vie passer dans ma tête sur plusieurs mois voir une bonne année …j’ai compris certaines choses à postériori, j’ai compris le décalage que j’avais pu ressentir depuis toute jeune à différents moments de ma vie, les injustices qui m’avaient tant blessé (prof de collège qui m’avait accusée d’avoir triché) etc

J’ai mieux compris aussi mon besoin de toujours vouloir apprendre, d’être en permanence en quête de sens, d’avoir des valeurs très hautes (justice, respect, famille)

Mon besoin d’accomplissement professionnel qui m’a guidé à exercer plusieurs métier (consultante en OI, acheteuse, wedding planneur, chef d’entreprise dans l’évènementiel, recruteuse, coach, expert accompagnent des talents et je pense que ce n’est pas fini…)

Ce besoin de dépassement de soi aussi par le sport…passer de la coureuse du dimanche en avril à un 1er semi-marathon en octobre et à la préparation d’un marathon.

Bref…on reviendra sur les caractéristiques qui permettent de reconnaître une personne à HP.

Mais retenez que le plus important si vous vous questionnez sur le fait d’aller ou pas passer les tests de QI c’est de vous demander : quel est l’enjeu pour moi ? Et pourquoi maintenant ? Qu’est-ce que cela va m’apporter ?

Il n’y a pas de bon ou mauvais résultat. Un bilan permet toujours de mieux se comprendre et d’avoir des clefs pour avancer dans la vie. IL vaut mieux sans doute mieux aller passer les tests que de rester avec des questionnements envahissants sans réponse car derrière ces questions se cachent souvent une vraie souffrance. 

Maintenant qu’on a dit tout ça, qu’est-ce qu’on en fait maintenant ? Que fait-on une fois qu’on a eu toutes ces réponses ?  Il faudrait plutôt dire « on EST quoi maintenant ? » 

En coaching j’ai l’habitude de dire que ce qui compte n’est pas tant ce que l’on fait mais qui l’on est !

On est toujours la même personne après le bilan mais une fois digérées toutes ces informations, on apprend à mieux se connaître, se comprendre…Cela donne du sens à ses comportements, à son mode de fonctionnement. 

Il peut y avoir le soulagement de comprendre, puis la colère, l’impression d’avoir subi, de ne pas avoir choisi sa vie, d’avoir été enfermé dans un personnage, dans un faux self…

Mais si on prend un peu de recul on peut aussi se donner enfin la permission de choisir, de redevenir le maître du « JE », de reprendre sa liberté enfouie, de s’autoriser à être qui on est vraiment et non plus qui on pensait devoir être ! 

Parfois certaines personnes, à la suite d’un bilan, changent de cap, de vie, de travail…du jour au lendemain ou plus en douceur. Et pour d’autres ça va juste se passer à l’intérieur, on se réaligne et c’est tout…tout c’est très intime, très personnel. Pas besoin nécessaire de coming out public !

Le diagnostic, l’identification va dans tous les cas générer des questionnements en profondeur, voir permettre de revisiter sa vie avec un nouvel éclairage et je ne saurais que conseiller de se faire accompagner de manière personnalisée sur ce chemin vers soi et les éventuelles prises de conscience que cela va générer, voir les transformations intérieures.

Selon votre sensibilité, votre besoin, allez vers un thérapeute ou un coach qui saura vous écouter, vous comprendre, vous accompagner dans ce travail intérieur…

Partager autour de soi que l’on est à haut potentiel peut permettre à l’entourage de comprendre certains comportements jusqu’alors étonnants, déroutants, de changer de regard sur cette différence pour apprendre à l’accepter. Mais là encore c’est personnel, certains décident de le garder pour eux et n’en parlent pas autour d’eux. Et dans la réalité il peut arriver que l’entourage ne comprenne pas, n’accepte pas.

Le besoin de rencontres avec d’autres personnes concernées par le haut potentiel se faire sentir afin d’échanger et de partager…au sein d’une communauté qui nous rapproche. Il existe de nombreuses associations dont MENSA et des groupes de parole existent un peu partout y compris sur la toile.

Je finirai avec ces mots de Jeanne Siaud-Facchin : « Passer un bilan est courageux, c’est une vraie rencontre avec soi ».

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